Catégories
Histoire de Théâtres Erotiques

Prémisses : Un bar de Pigalle vers 80

Cela fait longtemps que j’écris une sorte de « journal » mais celui-ci a été dispersé au cours du temps sur de vieilles clefs USB etc. La majorité des textes ont disparus… J’ai retrouvé celui ci-dessous, qui m’a fait sourire et auquel je ne change pas une virgule. Il narre ma première expérience en un lieu qui était sensé être un « théâtre érotique »…
***
il y a quand même un bout de temps, élève de terminale dans un lycée parisien réputé, j’étais allé un après midi avec mon meilleur camarade de classe, Olivier, dans un « bar à spectacle » de Pigalle tout près du Moulin Rouge. Nous avions tout juste 18 ans et avions économisé pour la circonstance. Il faut dire qu’à l’époque avec Olivier on ne parlait que de cul et de chattes, non pas une fois par jour comme aujourd’hui mais toutes les cinq minutes. C’était dur de réviser le bac C dans ces conditions. Il y avait dans ce théâtre (annoncé à l’entrée) un forfait + boisson à 50F par tête et le caissier nous a affirmé que l’on pourrait rester autant de temps que l’on voudrait à « mater » les spectacles des filles nues.

Bref, fort réjoui nous avons pris place à l’intérieur, tout de même excité à la vue du spectacle médiocre absolument pas conforme aux affiches de top-model que nous avions vus à l’entrée. Mais notre bon goût était en devenir , le sens critique à dix-huit ans est abruti par des érections quasi permanentes.

Peu après notre arrivée, nous étions attablé avec chacun une bière, deux danseuses bien plus âgées que nous (peut-être trente ans) et assez entreprenantes sont venues s’asseoir, chacune d’un côté. Nous étions ravis. C’est alors que sans que nous ayons rien demandé, nous avons vu un serveur poser à coté de l’une des filles un seau avec une bouteille qui ressemblait à du champagne. Le malabar de service à copieusement servi les filles qui ont trinquées avec nous et se sont encore rapprochées. C’est vrai que nous étions vraiment très beaux et que le doute n’était pas permis à l’époque, en plus elles étaient quand même « plus vieilles » que nous et pas forcément canon.

Après une demi heure de discussions, et autres verres remplis et bus, un colosse de deux mètres de haut (nous avions à peine achevé notre croissance) s’est approché de notre table dans la pénombre, il avait une lampe torche une main et une soucoupe dans l’autre sur laquelle était posée la note. Je me souviens encore du mouvement de va et viens du faisceau de la lampe torche entre la note et nos visages ahuris !. Le colosse devait être habitué à son cinéma et il nous a dit d’une voix de baryton « il y a un problème ? ». Ce que nous avons confirmé en protestant car la note correspondait grosso modo à 1000 Francs, c’est à dire dix fois le prix de l’entrée!!!

Il nous a alors demandé de nous lever et même attrapé pour l’accompagner vers la caisse. Un deuxième videur encore plus impressionnant était là et m’a demandé : combien tu peux payer ? et autoritairement « Vide tes poches ». Ce que j’ai fait en sortant un modeste billet de 50F. Il a alors dit à mon ami et toi tu as combien ? Montre ce que tu as. Olivier avait le malheur de posséder – à son age – une carte de crédit, pauvre fils à papa. Mais nous ne nous sommes pas démonté malgré tout et j’ai affirmé que nous déposerions une plainte à la police s’il débitait la carte et que mon père était commissaire de police. Les molosses m’ont regardé incrédule, il y a eu une sorte de négociation et à la fin nous avons accepté un débit de 150F supplémentaires sur la carte de crédit.

En sortant, nous étions malgré tout soulagés et nous avons convenu que cette leçon valait bien le prix du dé-niaisement et du frisson.

Des années plus tard, nous sommes retournés avec Olivier sur ce lieu de pèlerinage en ayant soin de repousser les avances des hôtesses dès qu’elles se présentaient. Le spectacle était dorénavant dans la salle et nous prenions un malin plaisir à observer les nombreux clients, solitaires enivrés par la piquette et les poisseuses manœuvres de séduction, se faire plumer, et le clou du spectacle demeurait cet instant précis où hagard un malheureux était éblouis tel un lapin de garenne avec les phares d’une voiture, par le va et viens d’une lampe torche.

Cette éducation complétait celle des Jésuites et nous préparait déjà aux rapports de force du plus impitoyable libéralisme, et de ceux, plus pernicieux, de la séduction.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s