Catégories
Clients Remarquables

Clients remarquables : Le jeune danseur Black

L’adorable petite Jess fait son numéro sur des titres de rap très rythmés. Un jeune homme black, ma fille m’a récemment dit que je devrais dire noir, et pas black car black c’est connoté mais moi j’aime bien dire black parce que je trouve que la sonorité claque mieux avec le rap, donc le jeune black est assis au premier rang du théâtre sur la banquette de droite. Il est grand et mince, beau et bien fringué, le crâne rasé, stylé, la trentaine tout au plus. De lourds pendentifs pendent autour de son cou, des breloques dorées, peut-être même de l’or, brillent sur son T-shirt noir. Les codes du rap, ceux de la réussite désespérée espérée sont affichés. Jess vient sur lui, il ne la touche pas, elle le frôle, ils dansent ensemble assis, les bras du jeune ondulent au rythme des paroles, des mouvements de Jess.
Jess se relève, fait son « tour » dans la salle, vient sur l’un, sur l’autre, respecte les passages obligés du Show Girl. La musique est bonne, c’est rythmé, il faudra que je lui demande les titres, le rap c’est vraiment pas mon rayon. Le jeune homme se lève. Il danse au fond de la salle, ses bras en biseau comme coupant d’un côté, de l’autre. Je me demande s’il a bu, s’il est « normal », mais non, il danse vraiment bien, est heureux, fait la fête à la musique, à ce moment, moins dans le style du rap que dans celui du « coupé-décalé » de feu DJ Arafat, ce Dieu vivant de la Côte d’Ivoire disparu trop tôt qui a su faire groover les rues d’Abidjan. Scène et musique improbable, je suis à nouveau en Afrique, continent adoré de ma jeunesse. La salle et Jess sourient. Jess danse dans l’allée juchée sur ses talons hauts, elle est belle, naturellement joyeuse et excitante, elle se rapproche du danseur et là je souris franchement : les mains du jeune homme, celle de gauche à plat présentant sa paume l’autre frottant vivement au dessus imitent la pratique du « travaillement » que l’on voit surtout dans les discothèques d’Afrique, Abidjan, Pointe Noire, Bangui, Douala, Dakar… lorsque l’on apprécie le spectacle d’un homme ou d’une femme, qu’on est enivré par l’ambiance, cette distribution rythmée de billets de banque propulsés vers l’artiste, la pluie de billets répandues tel un automate de banque devenu fou, l’éjaculation publique et symbolique de l’argent liquide, la jouissance de la dépense pure, et je songe aux quelques billets de un dollars que j’ai encore dans mon portefeuille, moins d’une dizaine merde, non je n’en ai pas assez pour transformer le Show Girl un instant en boite de nuit de Bamako, il m’en aurait fallu une centaine pour que ça le fasse, ça aurait vraiment valu le coup de saisir au vol cet instant et j’imagine la tête de Jess et surtout de ce jeune black si sympathique – de qui je me suis senti proche – on se serait vraiment bien amusé. Merci à toi pour cette joyeuse parenthèse.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s