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Histoire du Théâtre Show Girl – 1

La Disparition de la Belle Meunière

En passant devant le 5 Rue des Halles, j’ai vu que le vitrail de la « Belle Meunière » avait été retiré et remplacé par des planches de contreplaqué. J’ai réalisé, déjà avec nostalgie, qu’indépendamment des danseuses, de Cindy et des sympathiques et cocasses clients qui peuplaient ce petit théâtre extraordinaire, j’étais avant tout attaché au lieu comme par magnétisme.

Fin 80 début 90, je passais parfois devant la façade bleue de ce qui me paraissait, avec au dessus le grand panneau bleu à caractères rouges et plus bas celui blanc écrit en noir annoncer « Maxi Hard », « Show Lesbien » etc., être un cinéma porno. L’idée de visiter l’endroit ne m’avait pas effleuré, nous étions déjà au temps de la vidéo, du PAL et du SECAM, plus intimistes pour les plaisirs privés, et puis à côté il y avait la Rue Saint-Denis ponctuée de Sex-shops et de Peep-Shows, bien plus attractive.

Ce n’est que par hasard en 2003, ayant rencontré une jeune femme qui travaillait à l’accueil de la pépinière de startups du Sentier dans laquelle j’étais hébergé, et avec qui j’avais une aventure, que j’ai découvert le théâtre Show Girl. Visitant cette amie qui m’avait dit y « travailler » occasionnellement j’ai alors été choqué par le côté hard des duos lesbiens, et plus encore de voir celle que je considérais alors comme « ma copine » y participer avec entrain. Cette fille a peu après disparu pour habiter dans le Sud-Ouest (elle m’avait offert juste avant son départ le livre prémonitoire de Kressmann Taylor « Inconnu à cette adresse » ), je suis retourné au théâtre avec la nostalgie d’elle. Et j’y ai pris goût. Mon boulot de Startuper début des années 2000 était très stressant (on croit que les startups c’est « fun », qu’on va être libre, mais c’est tout l’inverse avec des investisseurs à qui on doit sans arrêt rendre des comptes, et le risque de déposer le bilan de façon très abrupte…) et le théâtre remplissait pour moi la fonction d’un « sas de décompression » dans lequel je pouvais m’immerger tranquillement pour cinquante euros; plonger quelques heures dans l’univers décalé et désuet de cette petite calypso bleue, à 20000 lieues de mes préoccupations business…

J’y ai connu nombre de jolies danseuses, suis même tombé un peu amoureux de quelques unes dans le temps et au passage ai envie de citer celles qui m’ont le plus marquées affectivement : Perle une adorable beurette avec qui j’ai dépensé beaucoup de kleenex, Chloé une brune piquante, Katrina fougueuse comme l’ouragan du même nom, un objet du désir non identifié, la plantureuse rousse Marlène, qui n’a pas seulement satisfait mes fantasmes mais aussi mon appétit pour la culture générale et artistique (Sciences-Po Paris puis grande troupe de danse contemporaine…), Shade une athlétique métisse vénézuélienne, la longiligne et comique Émeraude, Natacha fraîche et innocente à ses débuts, et récemment la surprenante petite écolière Clara qui n’a pas démérité en tentant de satisfaire son professeur…

Ce que je sais c’est que je vais profondément regretter ce qui ne pourra être remplacé : les lieux. Ces « à côté » géographiques et affectifs qui agrémentaient mes visites au théâtre et qui n’avaient de valeur que par le théâtre. Ils constituaient autour de l’épicentre du 5 Rue des Halles des points de repère et de divertissement indispensables. Je les fréquentais en venant au théâtre, durant mes pauses et après mes visites : arrivant par la Rue Saint-Honoré où j’avais des bureaux, je passais souvent par la librairie libertaire « Parallèles » avec sa devanture rouge. C’est là que j’ai trouvé durant une courte période nombre d’ouvrages à tendance anar, ceux de Kropotkine, Désiré Reclus et autres penseurs de la Commune de 1870 (dont le peintre Gustave Courbet), j’y ai encore acheté hier Dora Bruder de Modiano.

En progressant vers le théâtre, au 11 rue des Halles, il y a un lieu stratégique, c’est la supérette arabe ouverte à toute heure et qui, dans une armoire réfrigérée du fond de la boutique propose toute sorte de champagnes. J’y trouvais du Laurent Perrier, le préféré de Cindy et accompagné de gâteaux ou de chocolats achetés à la boulangerie « La Parisienne » sise au 21 je dégustais ces gourmandises accompagné de la sémillante patronne, de filles magnifiques et peu enclines à aller se rhabiller, ravies et pompettes.

Au 15 de la Rue des Halles, il y a une très bonne adresse, c’est le Bistrot des Halles à la carte très franchouillarde – céleri rémoulade, oeufs mayo, tartare au couteau – où autour d’un verre et d’un bon repas, je devise encore parfois le soir avec mon ami Levanto. Sur le trottoir d’en face, caché par le coffrage de poutres apparentes du RER, un grand café « La Maison Rouge » me fait sourire : c’est après être passé là un soir qu’une très jeune danseuse qui ne tenait pas l’alcool, à moitié saoule après bière et verre de Rhum, a tenté de me violer dans la rue. J’ai dû la raccompagner chez elle, vérifiant sagement avant de m’éclipser que tout allait bien. Je sais, je suis trop paternaliste…

J’ai une certaine affection pour la Place Saint Opportune, pas seulement du fait de la magnifique bouche de métro surplombée par l’édicule Art Nouveau de l’architecte Hector Guimard, mais parce qu’elle était aussi le lieu de dénouement d’un certain nombres d’opportunités, de rencontres convenues, calculées ou fortuites avec des danseuses et des clients :

Le café Vigouroux aux avenantes serveuses qu’après une bonne bière j’aurais voulu voir danser nues, L’Amazonial plus reculé Rue Saint Opportune, dont la salle intérieure, vaste et profonde permettait une salutaire « discrétion »…

Incontournable car presque en face du théâtre, le bar le petit Opportun où j’ai eu le plaisir de prendre un soir une bière avec Cindy et même de déguster des huîtres avec Hugo, un grand habitué du SG, spécialiste es-primeurs ne venant jamais visiter ses chouchoutes sans une cagette de fruits et légumes.

Plus récemment, le Motors Café s’est installé au 7 de la rue avec ses grands bancs extérieurs en bois et propose un arabica dont je ne saurais suffisamment bien faire l’article tant il est goûteux. N’oublions pas l’incontournable Hong Yuan, le « chinois » côtoyant le théâtre, où Cindy et les filles venaient se ravitailler en riz aux crevettes sauce piquante.

Tous ces lieux seront encore là quand je repasserai, mais sans leur centre de gravité, le théâtre Showgirl, ils n’auront jamais plus la même saveur.

Je ne peux m’empêcher de terminer cette séquence nostalgique sans évoquer Les Etablissements Aurouze situés face au théâtre, spécialisés en dératisation et pièges en tout genre, alignant en vitrine une belle collection de rats et de surmulots attrapés aux Halles vers 1925.

Et je pense avec tendresse à toutes les petites souris que j’ai essayé de capturer et qui se sont échappées durant ces dix-sept dernières années, à celles que je ne reverrai peut-être jamais, et je leur dis à toutes MERCI. 

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