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2030 : Théâtre et Diversités Minoritaires

Mademoiselle était souvent en avance sur son temps.  Comme en 2010 quand elle avait recruté Leiko, une danseuse japonaise belle et mystérieuse, suscitant force commentaires élogieux dans un premier temps. Jusqu’à ce qu’un client plus observateur que les autres débusque en la personne de Leiko une transsexuelle et la balance indélicatement sur le forum Doctissimo. Elle était si bien opérée que tous n’y avaient vu que du feu. A la suite de cette découverte et des protestations offusquées qui s’en étaient suivies, la malheureuse Leiko avait été écartée. Retour vers le soleil Levant.

En 2030, soit vingt plus tard, l’époque donnait raison à la diversité d’avant-garde prônée par Mademoiselle. Cette diversité était même devenue obligatoire pour prétendre au label « Ethique & Minorités » ainsi qu’aux subsides afférents, distribués par le ministère de la Culture et des Solidarités du gouvernement Hidalgo.

Les directives exigeaient de tout établissement culturel, une diversité représentative des minorités. Et elles étaient nombreuses :  sexuelles et de genre dont les LGBTQQIP2SA+ – Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Trans:sexuels–genre, Queers, En Questionnement, Intersexes, Bispirituels, Androgynes, Asexuels, + toutes les autres – ,  minorités ethniques (étaient particulièrement appréciées celles qui étaient opprimées), religieuses, linguistiques, handicapées, et toutes celles ne se reconnaissant pas dans les précédentes énoncées et dont les demandes d’homologation étaient en cours de traitement par le Bureau du Care et des Commémorations, les agoraphobes Houtistes et les Rohingyas souffrant d’amyotrophie spinale par exemple. Il était évidemment impossible de satisfaire équitablement ce monde fragmentaire en matière d’emploi et l’Etat avait donc mis en place, afin de qualifier toute embauche, un système incitatif de scoring favorisant « l’intersectionnalité », c’est-à-dire le cumul en une seule personne – danseu.r.se – de plusieurs caractéristiques minoritaires ou victimaires.

C’est ainsi que la blonde et très futée Salomé se félicitait d’avoir incrémenté le scoring éthique du Théâtre de cinq points en recrutant Fatou, une lesbienne musulmane originaire du Bénin – donc descendante d’ancêtres colonisés – et bègue de surcroît.  Cindy n’était pas peu fière du recrutement de Malena, amérindienne Guarani transexuelle non opérée dont le sexe au repos à peine  plus gros qu’un épais clitoris s’érigeait durablement en scène. Le pompon revenait à Mademoiselle qui avait su dénicher Yememouchal (signifiant « on te désire ») magnifique juive éthiopienne Falacha à la peau lisse et luisante comme l’ébène, militante bisexuelle crudivore connue pour ses vidéos relatives à la défense du quokka – un charmant petit marsupial australien en voie de disparition. Les autres danseuses étaient dotées de pédigrés tout aussi exceptionnels et afin que la question de la parité ne se pose pas trop , Kevin caucasien body-buildé blond et gay, en questionnement, et Marwen Philippin maniéré et Queers d’ascendance aborigène complétaient la joyeuse troupe.

Contrairement à ce qu’on aurait pu craindre après cinq années de gouvernement Le Pen (2022-2027), l’activité du Théâtre – faite de spectacles artistiques visant à stimuler le désir sexuel – était encouragée par le ministère de la Culture, d’autant que, et c’était une véritable surprise, la  dépense organique en salon, la masturbation, était dorénavant érigée en « geste » citoyen, de salut public, car apaisant violence et frustrations, et surtout était détournée de toute visée reproductrice. Le comité Futurs & Soutenabilité du Groupe EELV&LVDPCB (Europe Ecologie les Verts et les Victimes Du Patriarcat Capitaliste Blanc) cheville ouvrière de l’élection d’Anne Hidalgo soulignait que chaque naissance supplémentaire équivalait à un équivalent de 58,6 tonnes de gaz à effet de serre par an soit de loin la plus grosse pollution possible et imaginable. Une non naissance représentait donc l’économie de ces mêmes tonnes multipliée par l’espérance de vie à la naissance d’un nourisson prédateur, c’est-à-dire beaucoup, beaucoup plus que des dizaines de milliers de voyages en avion aux Maldives, de kérosène brulé par des vacuités en surpoids, avides de selfies dans des paysages bleus et lisses, de buffets de salade au thon et de noix de coco. 

Salomé avait manifestement suivi une formation juridique et éthique pour accomplir au mieux sa mission de surveillance, et en plus de son titre de « Directrice Artistique » s’était adjoint celui d’« Ethical Advisor ». Très attachée à la décoration, elle avait fait repeindre les fresques murales de la cave – façon Jérôme Bosch – les femmes damnées étaient maintenant passées au cieux – Santa Subita – remplacées aux Enfers par des hommes blancs caucasiens suppliciés par une diversité bigarrée. Elle veillait scrupuleusement à ce que chaque spectacle, discours, objet, accessoire utilisé au Théâtre soit conforme aux normes et attentes gouvernementales.

C’était amusant de voir Salomé descendre en salle avant certains numéros dont la réception aurait pu faire polémique. D’une voix théâtrale, elle surmontait sa timidité naturelle pour lire un court texte, une mise en garde contre toute mésinterprétation. Il était ainsi expliqué que le duo « La Bonne et la Maitresse »  avait lieu dans le contexte bourgeois de la fin du XIXème siècle, moment où l’oppression de classe était particulièrement vive. Elle notait cependant que le fait que deux femmes avant l’heure se livrent à des amours saphiques était une indication de l’esprit progressiste et féministe du scénario, d’autant que Louisette la Bonne (jouée cette fois ci par Marwen le Philippin) retournait la situation à son profit et que même si la Maitresse (Yememouchal) correspondait à un stéréotype dominant (car juive même si noire), cette dernière se retrouvait soumise par son état amoureux, leur relation se terminant dans une complicité charnelle équilibrée, très respectueuse des particularités de chacun.e.s.

Le moment le plus cocasse avait été quand la jolie Salomé, épais godemichet en main, avait expliqué en introduction à la prochaine scène – « le Petit Chaperon Rouge, sa baguette et son petit pot de beurre » – jouée par Malena, que le produit et son lubrifiant (le petit pot de beurre) étaient conformes à la législation européenne en vigueur, sans colorant, et que la prothèse utilisée était produite par une coopérative sise à Guéméné-sur-Scorff en Bretagne,  soucieuse du reclassement et du bien-être de ses associés.

Je goûtais moyennement les intromissions profondes de Marwen, ses oeillades et ses couilles pendantes, mais fort heureusement la majorité des spectacles étaient de bonne facture, excitants par leur caractère « décalé ». Quelque soit leur « genre », certaines danseuses au substrat féminin intact étaient de pures merveilles.

C’est ainsi que malgré mon peu d’intérêt pour la branlette, je prenais un salon avec Marika, une japonaise qui me semblait étonnamment « anormale » pour le lieu dans la mesure où je ne décelais pas « d’anormalité » apparente ou appartenance à une quelconque minorité. Elle était obéissante et raffinée comme une geisha, répondait à chacune de mes demandes par un suave et docile « Oui Monsieur », puis s’exécutait. Alors qu’elle me tournait le dos à quatre pattes en doigtant sa croupe relevée, je lui demandais impromptu comment elle était arrivée ici. Sans interrompre son travail de lustration elle me disait appartenir à la minorité Aïnous du Japon et qu’elle était de plus ADHI (Adulte porteur d’un Diagnostic de Handicap Intellectuel). Mais par chance ça ne se voyait pas en France parmi les jeunes « autochtones », eux-mêmes sujets à de multiples troubles psychiatriques, déficits de l’attention et carences intellectuelles (Rappel : en 2020 la France avait été classée dernière aux tests PISA parmi les pays de l’OCDE). Cette jeune femme soumise et exempte de toute capacité calculatoire, avait tout pour m’exciter et je terminais le salon inhabituellement, dans un geyser amorti par la douceur cotonneuse de trois couches de sopalin.  

C’est ainsi que le Théâtre après des années incertaines, obtenait une multitude de labels qualités et éthiques, devenait même pour le ministère de la Cul-ture un modèle d’entreprise d’utilité publique.    

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