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21 Mars 2022 – La Joie

En ce premier jour de printemps lumineux, tel un pensionnaire échappé de l’Ehpad hexagonal, je me faisais difficilement à ma nouvelle liberté. Les deux dernières « annus horribilis » avaient vu la majorité de la population française s’enfoncer dans une torpeur molle, causée par la claustration, la répétition des jours et les injonctions sanitaires relayées par les médias. Nous étions tous des convalescents.   

Les effets secondaires des virus mutants, en particulier ceux du Covid mongolien dit « d’Oulan-Bator » (ou Covid-OB) dominant à l’automne 2021 et, plus inattendus de certains vaccins, étaient nombreux : baisse spectaculaire du Quotient Intellectuel pour le Covid-OB – certaines mauvaises langues l’avaient même surnommé le « Convide » -, perte de libido significative pour les vaccinés – impuissance, anorgasmie, aspermie, et j’en passe…  Curieusement ces « complications » s’accompagnaient d’effets de bord étonnants, vécus positivements, une euphorie tranquille, le souci de l’autre, l’équanimité exemplaire du moine bouddhiste, la sérénité du chapon avant la Noelle…

J’avais, si j’en crois mes érections répétées et ma frénésie d’action en présence d’asiatiques disposées en levrette, échappé aux lénifiants effets des mutants. Je ne m’étais pas non plus fait vacciner, considérant qu’il était probable que du fait de mes frictions avec des populations à risque, j’avais déjà frayé avec le virus et  ses déclinaisons.

Après une très longue absence, je poussais avec appréhension la petite porte battante de l’entrée du théâtre et apercevais Cindy à la caisse. La même, joviale et de rouge vêtue, décolleté généreux et profond. Salomé était là. A ma grande surprise, elle se levait pour passer derrière le comptoir et me faire un « hug » (cette pratique des jeunes qui consiste à serrer l’autre dans les bras comme s’ils se retrouvaient après avoir échappé aux camps de la mort) en me demandant si j’avais apporté du champagne. Je lui promettais de vite remédier à ma fâcheuse défaillance.

Cachée derrière le rideau, Thaïs bondissait à demi nue telle une diablesse. Elle insistait pour que je reste l’après-midi voir ses nouveaux numéros. Il y aurait des surprises ! Quelque chose avait manifestement changé… Déjà, elle m’adressait la parole, ce qui était pour le moins inhabituel. Le regard était très ouvert et sans calcul, et du ton de sa voix émanait une fraîcheur nouvelle, une gentillesse sans artifice. Je songeais à l’état de béatitude des millions de personnes frappées par le Covid-OB et qui semblaient en une sorte de rémission-rédemption connaitre la « grâce » évangélique. Elle me faisait la bise avec entrain sans même vérifier mon carnet de vaccination.   

Une lumière rouge embrasait la crypte. Dans l’âtre j’apercevais les longues boucles blondes puis l’inconcevable cambrure de Nyx – déesse des nuits sépulcrales. Elle dansait sur La Vérité du groupe Vive La Fête. Assis, sa croupe chaude venait se poser sur moi. Elle souriait en fredonnant les paroles « Tu es comme moi, comme moi…».  J’aurais aimé la saisir, vérifier le parfait rapport taille-hanche, toucher du doigt le nombre d’or. Mais je n’ai pas osé…

Dans les rangs nous étions sept. Des visages connus enfin débarrassés de ces infects masques, muselières des expressions de nos sentiments.   Apprécier les sourires complices, quel bonheur !

Je profitais du répit entre deux numéros pour observer l’âne agenouillé et son or immuable, l’essaim de papillons courant sur les pierres du mur vouté, les voilages et tentures orientalistes. Dans ce petit musée, seule la gargouille verte de la niche du mur de droite ne tirait plus la langue :  on lui avait malicieusement placé un masque chirurgical, comme pour conjurer le mauvais sort.

Je retrouvais avec plaisir Morgane. A ma grande surprise le registre de chaudasse délurée et enjouée dans lequel elle excellait s’était mué en celui d’amoureuse transie. Sa danse sur « Mais je t’aime » de Grand Corps Malade avait des accents de vérité, du vécu. Elle était infiniment touchante en femme blessée, désespérée sur  « Ne me quitte pas » de Brel. Elle a malgré tout fini nue, lovant ses fesses charnues sur le chaud de nos cuisses et m’a filé la nostalgie de la période Show Girl façon Justin Bridoux. Un an déjà…

Ensuite un moment esthétique et reposant, en présence du magnifique corps ambré de Cersei. Je dis « corps » car pour l’instant j’ai du mal à voir ce qui anime cette parfaite surface au sourire retenu. Le contenu de ses numéros était circonscrit à d’agréables ondulations (comme par exemple sur la musique Panda Dub de Shankara) incitant à la méditation.

Il faut dire ma suprise quand Thaïs sur « On ira tous au paradis«  est apparue vêtue d’une aube blanche et virginale de communiante avec un crucifix autour du cou ! L’ex princesse Sybarite tenait une corbeille en osier et jetait des pétales de fleurs dans la salle. Elle semblait en pleine overdose d’eau bénite quand pareille à la mystique Amma elle a étreint chaque spectateur comme pour lui donner la bénédiction. Sur « L’autre Paradis«  du chanteur M, elle a dévoilé son corps, parfait jusqu’aux pétales de rose. En observant son visage rayonnant, yeux grands ouverts et sans clignements, pupilles noires très dilatées, j’ai éprouvé la même angoisse qu’en voyant Jack Nickolson à la fin du film « Vol au dessus d’un nid de coucou ». Et songé « Merde mais qu’est ce qu’ils lui ont fait !!! »…

Plusieurs danseuses ont ensuite défilé, mais j’avais la tête ailleurs, profondément troublé par la transformation de Thaïs. J’attendais avec anxiété son retour, voulais en avoir le coeur net.

Je n’avais jamais vu le numéro du « psy » dont les éloges avaient été faits moultes fois sur Doctissimo. Si j’en crois les témoignages de cette saynète culte, une voix enregistrée – celle du psy – posait des questions à Thaïs la patiente qui répondait. Là, c’était pareil sauf que la voix enregistrée était celle d’une journaliste, une femme qui interviewait notre ex-star, lui posait des questions sur son métier, le pourquoi de l’érotisme, le théâtre. Thaïs était vêtue de façon très sexy, décolleté aguicheur, mais aussi elle portait une oreillette mise en évidence par ses cheveux tirés en arrière. Elle répondait aux questions avec prudence, sous une dictée manifeste, avec un phrasé digne de chapitres Wikipédia appris par coeur. Mais elle commettait parfois, tel les enfants jouant au « téléphone arabe » des erreurs de langage, des méprises comiques ou à double sens, vite corrigées par une voix que l’on imaginait derrière son oreillette furibonde. C’était extrêmement habile, subtil, ce « numéro » me semait le doute sur le véritable état mental de Thaïs. Elle continuait par une démonstration « live » de son savoir-faire en matière de séduction, dévoilait ses charmes et façons. Mais encore elle semblait sous « contrôle », comme mue par une télécommande : les transitions entre ses postures, contacts, et même ses expressions faciales étaient abruptes. A la fin de ce numéro bizarre j’ai cru qu’elle m’adressait un sourire, mais c’était si furtif que rien ne m’était sûr.

N’y tenant plus, je me décidais à faire, enfin, un salon …

Suite  – en travaux – 😉

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