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Les fantasmes

Faut-il écrire « fantasme » ou « phantasme » ? Les deux graphies sont indifféremment utilisées par le commun. Ceux qui ont le souci et la curiosité des mots découvrent dans les débats des puristes que le « fantasme » relèverait d’un désir conscient, désir que l’on souhaiterait réaliser, tandis que le « phantasme » relèverait des limbes de l’inconscient. En d’autres termes le « fantasme » serait un « phantasme » conscientisé.

Les salons du Chochotte et du Sweet Paradise proposent aux Clients de « réaliser » leurs fantasmes. L’offre du Sweet Paradise me semble être intéressante, car relevant de l’écriture de scénario. Le « Bar à Fantasme », ouvert avant le début du spectacle propose de recueillir les demandes des clients et d’imaginer, tel un metteur en scène, ce  qui pourra être « joué » dans l’un des deux boudoirs du lieu, « le Paradis », « l’Enfer » ou j’imagine possiblement en salle.  On ne peut que louer cette initiative.

Mais pour ma part (mon fonctionnement je le concède n’est probablement pas la norme), prévoir c’est dissoudre la force de mon fantasme. Certainement parce que mes métiers relèvent avant tout de la prévision, de l’élimination de l’aléa, de l’écriture méthodique et que donc, mes loisirs doivent au contraire être soumis à l’errance, au hasard. Ainsi de mes voyages qui hormis le billet d’avion aller-retour lointain ne prévoient rien. Absolument rien si ce n’est une disponibilité à ce qui se présentera : la rencontre improbable, le lieu ou l’événement qui me ravira. Il en est de même de mes fantasmes. Leur composante essentielle est la surprise, l’inattendu.

Des exemples récents de moments formidables et imprévus qu’à postériori je considère comme des réalisations de phantasmes (inconscients) devenus fantasmes par leur survenance.

Au Sweet Paradise : Dona. Un ovni. Rampante dans une combinaison informe. Puis nue piquée de fluorescence radioactive sous la lumière ultraviolette (sur la version inattendue de Radioactivity de Rodolphe Burger ). C’était tout, sauf prévisible, absolument magique, inespéré.

Au Chochotte : un salon avec Gala perturbé par un événement imprévu… Qu’il me faut raconter. La présence, le corps de Gala m’hypnotisent. Au point que mes mains ont leur vie propre. S’aventurent en territoire inconnu. Le temps passe trop vite. La lumière clignote. J’aimerais prolonger. Je donne de quoi doubler le moment…

En revenant de la caisse Gala me dit penaude : « Je me suis fait gronder par Salomé… », me signifiant avec gentillesse qu’il importe de respecter les règles du code de la route.  Et d’un coup, contrairement à la frustration possible, survient une chose absolument inattendue !  Je fixe la caméra tandis que ma main s’aventure à nouveau sur le corps blanc et lisse de Gala complaisante. M’attendant tel le multi-récidiviste et son bolide à fond de train qu’un jappement de Coyote lui signale le radar. Dans le reflet de l’œil luisant de la caméra j’entrevois la pupille noire de la délicieuse Salomé ! Survient l’illumination : Je suis en train de faire un salon double  avec Gala et Salomé ! Tout ça pour soixante euros… Dingue ! Le surgissement de cette pensée parasite me fait bander :  Savoir que la jolie petite blonde Salomé m’observe avec attention depuis son écran de contrôle, pareille à une accro de séries télé s’adonnant au « binge watching », que l’élève studieuse prendrais des leçons de séduction auprès de la professionnelle Gala me rend dingue ! Mais comme je ne saurais heurter une jeune fille si charmante par l’exhibition d’une quelconque tumescence, fut-elle dignement hissée en l’honneur de la beauté, je reste sage.

En sortant du salon, Salomé et Cindy sont à la caisse. Gala me suit. Salomé toute souriante, un brin espiègle me demande : « Alors, vous êtes content de votre salon ? » . Moi : « Toujours, avec une si délicieuse galette des rois » (Gala est surnommée Galette par Cindy).  Cindy me demande rieuse : Et tu as trouvé la fève ?  Moi : « Non, la tour de contrôle ne m’a pas laissé y gouter… ». Rire général…   

Puis « Alors, Salomé quand est-ce qu’on le fait ce salon ensemble ? »…Nouveaux rires.

Voilà un vrai fantasme, car conscient. Débaucher la charmante blonde Salomé : la détourner de ses jeux de lumière, de la caisse, du contrôle. Fantasme qui doit rester non réalisé. Car le pire serait d’amoindrir mon imagination. D’enfermer dans la possibilité la survenance de possibles. Je veux pouvoir prolonger. Doubler. Imaginer la bonne élève Salomé un brin paniquée durant ce salon, tenter de faire au mieux, tandis que Gala la regarde l’écran, lui donne des conseils à l’oreillette qu’elle a dissimulée derrière ses cheveux blonds.   

Pour beaucoup ces délires ne veulent rien dire. Trop éloignés de la chair, des divans et des kleenex. Je les comprends; m’arrive de céder aussi à des moments plus prosaïques.  

Mais mon esprit est irrémédiablement perverti par ces théâtres : La présence de jolies filles dévêtues, le jeu et ses limites, l’ambiance sympa, cadre d’un événement inattendu, d’un détournement du cours de la « normalité, l’adjuvant qui « augmentera » mon plaisir. Le mettra en hors-bite  Voilà ce que je recherche, que je souhaite.

L’heureuse surprise qui transformera le phantasme en fantasme.

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