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Théâtre Sweet Paradise

Lilith (Sweet Paradise)

Il m’arrive d’avoir des difficultés à rendre compte. C’est une question de mots, insuffisants à dire la perplexité ou le trop plein sensoriel. Je comprends bien ce besoin collectif de l’échange, pour parler de ce qui s’est passé. Tenter de s’aligner. Trois personnes sont venues me demander mes impressions et nous avons cherché les mots ensemble.

Une danse animale aux paroles qui résonnent et nous plongent dans les profondeurs du temps, Sumer et l’épopée de Gilgamesh, Lilith … Un choc pour ceux qui assistent à cette scène, parce que l’inattendu a surgi de ce jeune corps animal, animé et sauvage. La surprise dans les mots dont on ne sait s’ils sont délire, poésie ou incantation. Je me laisse aller, devine le livre d’Esaïe « la demeure des chacals, des animaux du désert et des chiens sauvages, là où Lilith a sa demeure… ». Lilith faite de terre et de poussière, de mots par le premier texte de la Genèse. Elle déploie sa longue chevelure entremêlée de branchages, de chardons et de fleurs sauvages. Montre impudique sa pilosité primordiale. Celle qui n’a pas voulu se soumettre à Adam, être prise en dessous mais posséder par-dessus est résolumment libre. Elle a préféré s’enfuir et vivre parmi les bêtes sauvages…

La danse est accompagnée par la pluie des mots crus. Transe psalmodiée dans la petite salle où les spectateurs sont saisis par le sortilège, la pluie stroboscopique des projecteurs et les mots qui les figent. Lilith dit le sperme séché entre ses cuisses, la semence volée aux désirs ensommeillés. Sa brutalité animale lui fait montrer les dents. Une bande-son apaise. Voix d’homme qui témoigne avec tendresse : « Lilith mon amie… ». Dit l’être singulier de la jeune femme, oscillation entre génie et folie. Insolemment libre. Plus tard des chants que je devine créoles me transportent sur l’île aux entrailles rougeoyantes. La Réunion ? Et quand tout est fini, que la salle imprégnée de senteurs pétrichore émerge de la transe, que la démone est retournée dans les profondeurs de sa loge, la rémanence des images et des paroles s’incruste en moi. Je songe aux formules dessinées aux fond des bols magiques de Sumer; qu’on enterre retournés pour se protéger. Lilith y est gravée. Je songe au décalage entre la performance vue et « l’érotisme attendu » par le plus grand nombre. D’autres danseuses plus conformes aux attentes des désirs masculins ont été programmées ce jour pour encadrer l’écart. Et je suis ravi par la prise de risque que le Sweet Paradise a su prendre à nouveau. Par son avant-gardisme. Pour mon plus grand plaisir… Bravo.

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