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Histoire du Théâtre Show Girl – La Caisse

Mis à part les quelques vacances qu’elle s’octroyait – généralement l’été – j’ai toujours vu Cindy présente à la caisse, « l’accueil »,  entourée de quelques danseuses plus ou moins dénudées, préférant nettement ce lieu convivial aux loges situées dans le sous-sol, derrière le Salon N°1.

« L’accueil » était une petite pièce de cinq ou six mètre carrés, un carrefour stratégique pourvu d’une grande vitre de sécurité avec guichet donnant sur le couloir d’entrée du théâtre d’où la patronne pouvait renseigner, accueillir, distribuer les billets d’entrées. De cette pièce on pouvait surveiller la scène par le hublot d’une porte intérieure donnant directement sur la salle, descendre dans les sous-sols, sortir dans la rue.

Cindy était assise souriante sur son fauteuil de direction simili-cuir noir entourée sur sa gauche et devant par les équipements de sa « tour de contrôle », une sono, l’appareil de Carte Bleue, les souches de billetterie, et surtout un grand écran de contrôle aux multiples fenêtres windows, d’où l’on pouvait observer toute la vie du théâtre, la salle et sa scène, les loges, l’escalier, la rue, et surtout les salons que Cindy, en bonne contrôleuse aérienne suivait particulièrement. Elle guettait les collisions et chevauchements interdits.

Devant Cindy et légèrement sur sa droite, le dos à la vitre d’accueil,  une danseuse se trouvait généralement assise sur un tabouret et discutait avec sa cheffe.  A l’arrière de la pièce, il y avait l’escalier descendant au sous-sol où d’autres danseuses stationnaient, consultaient leur téléphone portable où bien participaient à des discussions animées. Nous entendions les rires depuis la salle.

De nombreux clients passaient par cette pièce pour aller aux toilettes, en profitaient pour discuter cinq minutes avec Cindy, émoustillés par les filles peu couvertes, docilement séductrices, ils se trouvaient sous le feu de leurs regards soudainement beaux, plaisantaient comme de fringants jeunes hommes. J’aimais aussi le moment en ce lieu, m’y attardait, justifiait ma station prolongée par une bouteille de champagne, des chocolats de chez Stohrer, un anniversaire nécessitant force attentions, tout autre événement opportun…

On peut dire que Cindy et les danseuses me faisaient alors le meilleur accueil !  

Vers 18h00 les danseuses de l’équipe du soir arrivaient au théâtre « en civil » et c’était surprenant de voir les différences entre ce qu’elles étaient au naturel, et peu après prêtes à entrer en scène. Une « girl next door » en sweat-shirt noir informe comme je pouvais en croiser des milliers au forum des Halles se transformait par la magie de sa nudité exhaussée par l’écrin d’une belle lingerie en une superbe et désirable jeune femme.

Les différences d’attitudes et langagières entre « l’avant et l’après » m’étaient tout autant surprenantes. Il aurait fallu que je note toutes les répliques de ces jeunes femmes quand elles parlaient naturellement entre elles, comme celle-là parlant d’un short moulant et trop serré qu’elle avait porté durant la journée, disant « il m’est tellement rentré dans la chatte que j’ai l’impression d’avoir baisée H24 ! ». Mon vocabulaire s’est considérablement enrichi à leur contact et je les en remercie !      

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Histoire du Théâtre Show Girl – 1

La Disparition de la Belle Meunière

En passant devant le 5 Rue des Halles, j’ai vu que le vitrail de la « Belle Meunière » avait été retiré et remplacé par des planches de contreplaqué. J’ai réalisé, déjà avec nostalgie, qu’indépendamment des danseuses, de Cindy et des sympathiques et cocasses clients qui peuplaient ce petit théâtre extraordinaire, j’étais avant tout attaché au lieu comme par magnétisme.

Fin 80 début 90, je passais parfois devant la façade bleue de ce qui me paraissait, avec au dessus le grand panneau bleu à caractères rouges et plus bas celui blanc écrit en noir annoncer « Maxi Hard », « Show Lesbien » etc., être un cinéma porno. L’idée de visiter l’endroit ne m’avait pas effleuré, nous étions déjà au temps de la vidéo, du PAL et du SECAM, plus intimistes pour les plaisirs privés, et puis à côté il y avait la Rue Saint-Denis ponctuée de Sex-shops et de Peep-Shows, bien plus attractive.

Ce n’est que par hasard en 2003, ayant rencontré une jeune femme qui travaillait à l’accueil de la pépinière de startups du Sentier dans laquelle j’étais hébergé, et avec qui j’avais une aventure, que j’ai découvert le théâtre Show Girl. Visitant cette amie qui m’avait dit y « travailler » occasionnellement j’ai alors été choqué par le côté hard des duos lesbiens, et plus encore de voir celle que je considérais alors comme « ma copine » y participer avec entrain. Cette fille a peu après disparu pour habiter dans le Sud-Ouest (elle m’avait offert juste avant son départ le livre prémonitoire de Kressmann Taylor « Inconnu à cette adresse » ), je suis retourné au théâtre avec la nostalgie d’elle. Et j’y ai pris goût. Mon boulot de Startuper début des années 2000 était très stressant (on croit que les startups c’est « fun », qu’on va être libre, mais c’est tout l’inverse avec des investisseurs à qui on doit sans arrêt rendre des comptes, et le risque de déposer le bilan de façon très abrupte…) et le théâtre remplissait pour moi la fonction d’un « sas de décompression » dans lequel je pouvais m’immerger tranquillement pour cinquante euros; plonger quelques heures dans l’univers décalé et désuet de cette petite calypso bleue, à 20000 lieues de mes préoccupations business…

J’y ai connu nombre de jolies danseuses, suis même tombé un peu amoureux de quelques unes dans le temps et au passage ai envie de citer celles qui m’ont le plus marquées affectivement : Perle une adorable beurette avec qui j’ai dépensé beaucoup de kleenex, Chloé une brune piquante, Katrina fougueuse comme l’ouragan du même nom, un objet du désir non identifié, la plantureuse rousse Marlène, qui n’a pas seulement satisfait mes fantasmes mais aussi mon appétit pour la culture générale et artistique (Sciences-Po Paris puis grande troupe de danse contemporaine…), Shade une athlétique métisse vénézuélienne, la longiligne et comique Émeraude, Natacha fraîche et innocente à ses débuts, et récemment la surprenante petite écolière Clara qui n’a pas démérité en tentant de satisfaire son professeur…

Ce que je sais c’est que je vais profondément regretter ce qui ne pourra être remplacé : les lieux. Ces « à côté » géographiques et affectifs qui agrémentaient mes visites au théâtre et qui n’avaient de valeur que par le théâtre. Ils constituaient autour de l’épicentre du 5 Rue des Halles des points de repère et de divertissement indispensables. Je les fréquentais en venant au théâtre, durant mes pauses et après mes visites : arrivant par la Rue Saint-Honoré où j’avais des bureaux, je passais souvent par la librairie libertaire « Parallèles » avec sa devanture rouge. C’est là que j’ai trouvé durant une courte période nombre d’ouvrages à tendance anar, ceux de Kropotkine, Désiré Reclus et autres penseurs de la Commune de 1870 (dont le peintre Gustave Courbet), j’y ai encore acheté hier Dora Bruder de Modiano.

En progressant vers le théâtre, au 11 rue des Halles, il y a un lieu stratégique, c’est la supérette arabe ouverte à toute heure et qui, dans une armoire réfrigérée du fond de la boutique propose toute sorte de champagnes. J’y trouvais du Laurent Perrier, le préféré de Cindy et accompagné de gâteaux ou de chocolats achetés à la boulangerie « La Parisienne » sise au 21 je dégustais ces gourmandises accompagné de la sémillante patronne, de filles magnifiques et peu enclines à aller se rhabiller, ravies et pompettes.

Au 15 de la Rue des Halles, il y a une très bonne adresse, c’est le Bistrot des Halles à la carte très franchouillarde – céleri rémoulade, oeufs mayo, tartare au couteau – où autour d’un verre et d’un bon repas, je devise encore parfois le soir avec mon ami Levanto. Sur le trottoir d’en face, caché par le coffrage de poutres apparentes du RER, un grand café « La Maison Rouge » me fait sourire : c’est après être passé là un soir qu’une très jeune danseuse qui ne tenait pas l’alcool, à moitié saoule après bière et verre de Rhum, a tenté de me violer dans la rue. J’ai dû la raccompagner chez elle, vérifiant sagement avant de m’éclipser que tout allait bien. Je sais, je suis trop paternaliste…

J’ai une certaine affection pour la Place Saint Opportune, pas seulement du fait de la magnifique bouche de métro surplombée par l’édicule Art Nouveau de l’architecte Hector Guimard, mais parce qu’elle était aussi le lieu de dénouement d’un certain nombres d’opportunités, de rencontres convenues, calculées ou fortuites avec des danseuses et des clients :

Le café Vigouroux aux avenantes serveuses qu’après une bonne bière j’aurais voulu voir danser nues, L’Amazonial plus reculé Rue Saint Opportune, dont la salle intérieure, vaste et profonde permettait une salutaire « discrétion »…

Incontournable car presque en face du théâtre, le bar le petit Opportun où j’ai eu le plaisir de prendre un soir une bière avec Cindy et même de déguster des huîtres avec Hugo, un grand habitué du SG, spécialiste es-primeurs ne venant jamais visiter ses chouchoutes sans une cagette de fruits et légumes.

Plus récemment, le Motors Café s’est installé au 7 de la rue avec ses grands bancs extérieurs en bois et propose un arabica dont je ne saurais suffisamment bien faire l’article tant il est goûteux. N’oublions pas l’incontournable Hong Yuan, le « chinois » côtoyant le théâtre, où Cindy et les filles venaient se ravitailler en riz aux crevettes sauce piquante.

Tous ces lieux seront encore là quand je repasserai, mais sans leur centre de gravité, le théâtre Showgirl, ils n’auront jamais plus la même saveur.

Je ne peux m’empêcher de terminer cette séquence nostalgique sans évoquer Les Etablissements Aurouze situés face au théâtre, spécialisés en dératisation et pièges en tout genre, alignant en vitrine une belle collection de rats et de surmulots attrapés aux Halles vers 1925.

Et je pense avec tendresse à toutes les petites souris que j’ai essayé de capturer et qui se sont échappées durant ces dix-sept dernières années, à celles que je ne reverrai peut-être jamais, et je leur dis à toutes MERCI. 

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Histoire du Théâtre Show Girl – 2

Les Lieux


Ma dernière visite au Show Girl remonte à trois mois et ma mémoire me fait déjà défaut. Les époques et les décors se superposent quand je repense au cadre du théâtre. Je n’ai plus de certitude, juste des impressions et c’est pourquoi j’écris vite pour fixer par l’écriture ce que le temps et la mémoire ne manqueront pas de désagréger.

A l’entrée, il n’y avait pas de vitre de protection dans les premiers temps. Jusqu’au jour de l’agression violente et du vol de la recette. Vers 2010 je crois. Une vitre de protection a été posée dans la semaine qui a suivie. J’apportais à cette époque un café à Edna / Shaka qui tenait souvent la caisse. Pour me remercier et faire rire les autres filles derrière elle, nous tendions nos lèvres en bec de canard pour nous faire un bisou par l’ouverture.

Sur la gauche de la porte d’entrée dans la salle il y avait les photos des filles du Show Girl. Les clients pouvaient regarder à loisir avant de se décider de prendre un ticket.

La salle était toute en longueur comme celle d’un petit cinéma avec, selon les époques des banquettes ou des fauteuils. Vers 2003 je crois que les fauteuils étaient rouges et rabattables pareils à ceux des cinémas. Ensuite ils sont devenus bleus et plus épais. Pendant les duos les filles déposaient une serviette sur deux ou trois spectateurs côte à côte, l’une s’allongeait dessus et l’autre la caressait. Elles se léchaient sans chiqué, parfois jouissaient. La serviette était bienvenue à une époque où je ne pouvais me départir de mon costume car certaines filles étaient très « expansives » dans leur plaisir…

Sous le poids des clients augmenté de celui des danseuses, les fauteuils avaient tendance à vieillir prématurément, se déboîter, s’enfoncer.

La salle étaient bleue puis les murs ont été repeints en rouge. J’adorais les tons totalement marine avec les grands vitraux rétro-éclairés représentant des scènes saphiques.

Les hublots, celui par lequel les danseuses regardaient la salle depuis caisse, deux autres posés sur le mur de gauche donnaient à l’ensemble un air d’improbable bathyscaphe. Nous plongions loin des turpitudes de la ville dans les profondeurs du plaisir.

La scène a été habillée de différents revêtements. D’abord, un plancher couleur bois foncé bien lisse ceinturé de noir. Puis celui légèrement disjoint imitation bois clair. Derrière il y avait un mur bleu et brillant sur lequel étaient peints en clair des rayons de projecteurs partant du sol illuminant « CINDY SHOW » écrit en lettres d’or. C’était avant la grande glace murale démultipliant l’espace.

Le plafond de la scène représentait une voûte étoilée. Je ne sais plus s’il y avait une lune dans ce firmament tant celles des filles nous captivaient. Il y a eu une boule à facettes, très années 80.

La colonne dans l’allée proche de la scène était recouverte d’un revêtement de tout petits miroirs rectangulaires sur lesquels venait se réfléchir la lumière. Puis un velours doux a permis aux danseuses de descendre en se laissant glisser.

C’est moins glamour mais il nous faut maintenant parler des toilettes. Au début un sanibroyeur, puis le grand urinoir que nous avons connus. Urinoir dont la conformation particulière avait tendance à m’éclabousser.

Dans mes plus lointains souvenirs il n’y avait qu’un salon. Celui nommé plus tard « Salon N°1 », le plus visité aussi avec sa fameuse glace amovible. Je crois qu’il y avait une douche à l’endroit de l’actuel salon N°2. « Je crois » car dans l’un de mes rêves, une fille me fait venir avec elle sous cette douche et me passe du savon. Nous nous frottons jusqu’à ce que ça mousse.

Dans les loges des danseuses il y avait des caissons métalliques. Quand je les ai vus cela m’a rappelé mes années d’internat militaire. L’endroit même où, enfermé à quinze ans je suis devenu un véritable obsédé sexuel, grand collectionneur de revues telles que Club, Penthouse, Playboy…

Les escaliers. Plongeant dans les profondeurs des Halles à la descente, offrant en contre-plongée de superbes vues à la remontée. Depuis le recoin de droite près de la scène (où deux rangées de banquettes avaient été aménagées) on entendait les filles rire dans les escaliers.

Il y a encore beaucoup à dire sur l’intérieur du théâtre et je compte sur vous, chers forumeurs et lecteurs, ici ou en MP pour m’aider à écrire un peu plus encore sur ces lieux. A nous donner des anecdotes, avec force détails pour les ajouter à ce texte, lieu de mémoire je l’espère.

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Histoire du Théâtre des Deux Boules

Je suis ravi que Pour-Rire continue d’écrire ses excellents textes sur « nos » anciens théâtres érotiques. Bravo pour celui-ci ! 

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Théâtre des Deux Boules

28 rue des Écoles Paris 5e

1974-début des années 1990

Le randonneur qui fréquente une des petites succursales d’un magasin célèbre de produits destinés aux vieux campeurs…, dans une rue tranquille du quartier latin… est loin de se douter qu’il est dans un antique temple de la fornication…

En effet le théâtre des Deux Boules, sans doute le premier des théâtres érotiques, a été longtemps considéré comme La Mecque de ces théâtres. À la différence des autres, il se prévalait de faire du vraaaiii théâtre avec de vrais comédiennes et comédiens.

Et il est vrai que se jouaient aux Deux Boules des pièces à texte (mais pas seulement… le théâtre était aussi célèbre car on y montrait toutes les positions du Kama-Sutra, sans négliger le French Cancan). En voici quelques titres :

JEUX DE JUMELLES
BLACK SABBATH
ESCALE A BANGKOK
SEANCE SPECIALE
FOUTRERIE DE POETE

Aux Deux Boules, on n’avait pas non plus de spectacle permanent, ni de show dans la journée. Il y avait trois séances qui se succédaient le soir. Ce qui était une performance assez difficile, surtout pour le comédien…

Chacune de ces pièces s’achevait par une scène érotique très hard qui avait la particularité de se dérouler dans un filet.

Une petite idée du style : regarder ici (c’est assez coté car dessiné par Aslan, l’artiste qui a sculpté BB en Marianne)

Et aussi l’affiche du théâtre (du même), car les Deux Boules avait un affichage, signe d’une sorte de respectabilité (ce qui ne l’empêchait pas de faire de la retape au niveau de notre b- -e : « life show le plus agressif », avec « nouveaux comédiens » « nouvelle version super hard »….

Selon L’Express on voyait surtout aux Deux Boules des quinquagénaires aisés, souvent des couples soucieux de montrer leur ouverture.

Plusieurs des comédiennes et comédiens de ce théâtre sont assez connus et ont eu des vies animées.

Claude Pirmont, avait été chef de rédaction de la revue Critique avant d’être un pivot du théâtre. Parti en Colombie, il y a fait une assez réussie carrière d’acteur de cinéma (non porno) et il dirige maintenant le plus bel hôtel de Carthagène !!!

Erika Cool, une merveilleuse belge, d’une finesse extrême et au « « doux visage » digne de la chanson de Christophe, a récemment écrit ses souvenirs d’actrice porno (parus à Anvers mais seulement pour ceux qui lisent le flamand couramment comme moi…) où elle évoque comme un très bon passé ses passages aux Deux Boules.

Et surtout Myriam Watteau, devenue hardeuse à 18 ans, qui a joué pendant deux ans tous les soirs au théâtre. Elle est maintenant devenue une danseuse, chorégraphe, scénariste, compositrice (voir son beau spectacle Delissya). Elle a raconté ses souvenirs de hardeuse dans Corps de flamme.
Le théâtre des Deux Boules a fermé précocement (certaines sources font état d’une courte tentative à Pigalle ???). Je n’en connais pas les causes (mais il semble que son gérant ait eu envie de se lancer dans des activités différentes). Il n’a jamais trouvé d’équivalent. Sauf peut-être dans les pièces de Vernon, mais il ne s’agit pas d’un théâtre.

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Histoire du Théâtre Saint-Denis

Je suis comme nous tous, ravi que Pour-Rire continue sa passionnante « série » sur les anciens hauts-lieux de l’érotisme parisien ! Merci à lui. 

Le Théâtre Saint-Denis -70 rue Saint-Denis

Ouvert à la fin de 1974 – fermeture vers 2000

Le théâtre Saint-Denis est un des plus anciens théâtres érotiques de Paris ; il est d’ailleurs mentionné dans plusieurs livres à ce titre.

Avant son ouverture, pendant quelques mois, il y avait eu un studio photo où les « amateurs » pouvaient venir photographier des modèles nues (je féminise modèle…). De vrais « amateurs » car l’appareil leur était fourni… Je ne connais pas les prix, ni comment la séance photo se déroulait…..

Transformé ensuite en théâtre. Il semble que son vrai propriétaire, derrière de nombreux prête-nom, gérants, régisseurs etc etc, ait été, au moins un temps, un certain Pérez qui était le roi du milieu de la rue Saint-Denis, proxénète, trafiquant, lié à des policiers ripoux et au tueur qui a assassiné le démocrate algérien Mecili.

Mais ses vrais animateurs furent un certain Rémy et le mieux connu Angelo (que l’on peut voir interrogé par Ardisson sur ce film ( https://thierryardisson.fr/par​​is-interdit-1 ) qui fut aussi caissier et gérant du Show Girls avant Cindie.

Le théâtre était petit (on peut encore voir dans la rue son enseigne) il y avait un hall avec un escalier descendant à droite vers le sous-sol et l’accès à la salle au fond derrière la caisse. Peu de places semble-t-il (j’ai lu 60, mais les films visionnés me donnent le sentiment de moins). La petite scène au fond était très près du premier rang qui avait quasi le sentiment d’être sur scène.

Le théâtre a fait jouer des acteurs du porno qui ont eu leur heure de célébrité : HPG, Alban Ceray, Stan et Hubert Géral (ces deux derniers partenaires de Catherine Ringer dans plusieurs films). Ce dernier a d’ailleurs écrit ses souvenirs bien utiles, Profession porno star-Les mémoires scandaleux d’un comédien catégorie X. Les comédiennes sont moins connues. Parmi celles-ci, notre bien connue Cindie qui avait un charme fou, dixit des témoins (depuis elle gère le Show Girls) et surtout Mika qui était la plus grande star de l’endroit, une eurasienne très belle et qui irradiait une sensualité exceptionnelle paraît-il. Il semble que Brigitte Lahaie ait fait quelques passages au Saint-Denis.

Le soir, il y avait des séances successives et à minuit trente une séance spéciale où venaient plus de couples et où beaucoup était permis !!! Les comédiennes faisaient ainsi parfois l’amour avec un couple (pas seulement à la dame mais aussi au monsieur…) et ça tournait à la partie chaude…

Au début, il n’y avait pas de salons privés, puis, à une date que je ne connais pas, sont apparus ces salons au sous-sol. Il y avait une grille … assez large… de séparation qu’on ne pouvait enlever et qui ne pouvait rien empêcher. Certaines filles étaient très chaudes et moyennant finances et feeling tout devenait possible, surtout dans les dernières années du théâtre (qui allait moins bien) … Dans ses souvenirs, Hubert Géral, qui fut gérant du théâtre et du Show Girls – son épouse était une très jolie blonde…, raconte qu’un ministre ayant souhaité baiser une actrice hard, on lui avait amené une comédienne du théâtre Saint-Denis moyennant une somme rondelette… De la prostitution de haut vol !!!

Le théâtre avait une séance en continu dans l’après-midi, avec alternance de strips individuels, de shows lesbiennes et de très courtes pièces de théâtres hards, légèrement scénarisées et mises en scène (c’était toutefois moins élaboré qu’au théâtre des Deux Boules). La seule que l’on m’ait indiquée est celle du psychiatre extrêmement laid (il avait un masque) et repoussant qui voulait coucher sans succès avec ses clientes. Le tout s’achevant dans une partie de jambes en l’air avec un bô gosse. Très souvent les filles venaient sur les clients et y restaient très longuement (un peu comme au show girls actuellement mais moins de jeux de mains semble-t-il) et le moment hard se déroulait aussi souvent sur les clients… Le théâtre a tenté de diversifier ses shows en soirée en annonçant du porno-catch etc…

Dans ses toutes dernières années, le théâtre Saint-Denis a abandonné les shows hard et les petites pièces de théâtre : faute de hardeurs ? passé de mode ???. Mais sa disparition a marqué le début, d’une série de fermetures des théâtres érotiques (Lolita, French Lovers, Deux Boules, Innocents…)

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Prémisses : Un bar de Pigalle vers 80

Cela fait longtemps que j’écris une sorte de « journal » mais celui-ci a été dispersé au cours du temps sur de vieilles clefs USB etc. La majorité des textes ont disparus… J’ai retrouvé celui ci-dessous, qui m’a fait sourire et auquel je ne change pas une virgule. Il narre ma première expérience en un lieu qui était sensé être un « théâtre érotique »…
***
il y a quand même un bout de temps, élève de terminale dans un lycée parisien réputé, j’étais allé un après midi avec mon meilleur camarade de classe, Olivier, dans un « bar à spectacle » de Pigalle tout près du Moulin Rouge. Nous avions tout juste 18 ans et avions économisé pour la circonstance. Il faut dire qu’à l’époque avec Olivier on ne parlait que de cul et de chattes, non pas une fois par jour comme aujourd’hui mais toutes les cinq minutes. C’était dur de réviser le bac C dans ces conditions. Il y avait dans ce théâtre (annoncé à l’entrée) un forfait + boisson à 50F par tête et le caissier nous a affirmé que l’on pourrait rester autant de temps que l’on voudrait à « mater » les spectacles des filles nues.

Bref, fort réjoui nous avons pris place à l’intérieur, tout de même excité à la vue du spectacle médiocre absolument pas conforme aux affiches de top-model que nous avions vus à l’entrée. Mais notre bon goût était en devenir , le sens critique à dix-huit ans est abruti par des érections quasi permanentes.

Peu après notre arrivée, nous étions attablé avec chacun une bière, deux danseuses bien plus âgées que nous (peut-être trente ans) et assez entreprenantes sont venues s’asseoir, chacune d’un côté. Nous étions ravis. C’est alors que sans que nous ayons rien demandé, nous avons vu un serveur poser à coté de l’une des filles un seau avec une bouteille qui ressemblait à du champagne. Le malabar de service à copieusement servi les filles qui ont trinquées avec nous et se sont encore rapprochées. C’est vrai que nous étions vraiment très beaux et que le doute n’était pas permis à l’époque, en plus elles étaient quand même « plus vieilles » que nous et pas forcément canon.

Après une demi heure de discussions, et autres verres remplis et bus, un colosse de deux mètres de haut (nous avions à peine achevé notre croissance) s’est approché de notre table dans la pénombre, il avait une lampe torche une main et une soucoupe dans l’autre sur laquelle était posée la note. Je me souviens encore du mouvement de va et viens du faisceau de la lampe torche entre la note et nos visages ahuris !. Le colosse devait être habitué à son cinéma et il nous a dit d’une voix de baryton « il y a un problème ? ». Ce que nous avons confirmé en protestant car la note correspondait grosso modo à 1000 Francs, c’est à dire dix fois le prix de l’entrée!!!

Il nous a alors demandé de nous lever et même attrapé pour l’accompagner vers la caisse. Un deuxième videur encore plus impressionnant était là et m’a demandé : combien tu peux payer ? et autoritairement « Vide tes poches ». Ce que j’ai fait en sortant un modeste billet de 50F. Il a alors dit à mon ami et toi tu as combien ? Montre ce que tu as. Olivier avait le malheur de posséder – à son age – une carte de crédit, pauvre fils à papa. Mais nous ne nous sommes pas démonté malgré tout et j’ai affirmé que nous déposerions une plainte à la police s’il débitait la carte et que mon père était commissaire de police. Les molosses m’ont regardé incrédule, il y a eu une sorte de négociation et à la fin nous avons accepté un débit de 150F supplémentaires sur la carte de crédit.

En sortant, nous étions malgré tout soulagés et nous avons convenu que cette leçon valait bien le prix du dé-niaisement et du frisson.

Des années plus tard, nous sommes retournés avec Olivier sur ce lieu de pèlerinage en ayant soin de repousser les avances des hôtesses dès qu’elles se présentaient. Le spectacle était dorénavant dans la salle et nous prenions un malin plaisir à observer les nombreux clients, solitaires enivrés par la piquette et les poisseuses manœuvres de séduction, se faire plumer, et le clou du spectacle demeurait cet instant précis où hagard un malheureux était éblouis tel un lapin de garenne avec les phares d’une voiture, par le va et viens d’une lampe torche.

Cette éducation complétait celle des Jésuites et nous préparait déjà aux rapports de force du plus impitoyable libéralisme, et de ceux, plus pernicieux, de la séduction.

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Histoire du Théâtre « Le Lolita » (1988-2002)

Je suis très heureux que Pour_Rire nous fasse partager sa connaissance des anciens cabarets érotiques, de Pigalle et d’ailleurs, disparus aujourd’hui.

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Le Lolita 73 rue Pigalle 1988-2002/04 en face ou presque du 62 où se trouvait son concurrent…

Le Lolita était situé sur la partie gauche de la porte gauchère du 73. La partie droite, plus large, a accueilli de longue date des cabarets de Pigalle, « Le casino des concierges » en 1893 fondé par le communard Maxime Lisbonne, inventeur du strip-tease, le cabaret Brûlant en 1897, Le « Big Apple », cabaret de jazz en 1937, Le Savoy’s, cabaret artistique en 1941, La Belle Meunière, diner dansant en 1961 (photo plus bas). Notons que la devanture actuelle du Show-Girl provient de la dernière mouture de ce cabaret, une tentative du gérant du Lolita de créer un cabaret avec une troupe de danseuses russes qui fut un bide retentissant. Depuis des restaurants s’y sont succédés.

Sur la partie gauche de la porte donc était le Lolita ouvert en 1988. Avant, il s’agissait d’un de ces innombrables bars à hôtesses de Pigalle. Le Lolita a fermé vers 2002-2004. Il y a eu ensuite quelques temps une sorte de club ??? et actuellement le rideau de fer reste baissé !

Le Lolita avait une petite salle et une scène plutôt en largeur. Sur cette scène une originalité la présence d’un jacuzzi ou d’une petite baignoire ? Il semble que les danseuses ne l’utilisaient que très peu.

Le spectacle était permanent comme dans les autres théâtres de 12H30 à minuit 30. Fallait-il repayer pour les séances du soir ? Je ne sais pas.

Le Lolita n’aurait pas connu beaucoup de shows avec un hardeur et se serait vite tourné vers des spectacles avec de seules jolies filles avec l’alternance classique des spectacles de strip d’une seule fille et d’un show lesbien. Les shows semblent n’avoir eu aucune prétention artistique et les spectateurs n’y participaient que modérément.

Parmi les danseuses, deux semblent avoir marqué les esprits : une fille qui se serait fait appeler Pamela Violet et qui a joué sous ce nom dans quelques films érotiques. C’était une petite blonde très souriante et affable et très coquine. L’autre dont le prénom ne m’a pas été donné était une jolie blonde très fine, très romantique et qui aurait été la petite amie d’un sportif français très connu. Quelques danseuses doublaient avec le théâtre Saint-Denis et il semble que quelques-unes se montraient dans les baraques de strip-tease qui existaient encore sur le boulevard. Une autre époque !

Le Lolita disposait à l’étage d’une salle pour des salons privés. Mais je n’ai pas eu d’échos sur leur déroulement.

La disparition du Lolita, au début de notre nouveau siècle, est un signe, parmi beaucoup d’autres, de la fin du Pigalle d’antan.

La Belle meunière

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Histoire du Théâtre « Le Loving Chair » (1980-2000)

Je suis ravi que Pour_Rire_Le_Retour ait écrit le texte suivant concernant l’ancien théâtre de Pigalle – Le Loving Chair -, j’espère que d’autres textes suivront, ce sera l’occasion de consigner nos souvenirs, ceux d’une époque où ces lieux étaient plus rares.

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Loving Chair
62 et 62bis rue Pigalle,

Ouvert au milieu des années 1980 fermeture vers 2000/2002.

A coexisté un très court temps au 62 voisin, sous le nom de French’lover’s, avec un petit frère.

Ce théâtre était situé dans une rue Pigalle qui alors n’avait pas grand-chose à voir avec ce que nous en connaissons maintenant ! D’ailleurs la petite salle est maintenant un théâtre spécialisé en pièces pour enfants… Mais il a conservé son aspect original d’un petit théâtre en rond.

Un petit effort d’imagination donc pour voir une rue chaude de Pigalle en 1980, avec ses bars à hôtesses, ses filles qui tenaient les portes, le Sans-souci, le café au coin de la rue Victor Massé où dans l’arrière salle les macs corses tapaient la carte avant d’aller relever les compteurs ! Et parfois ses très bons cabarets, le 62-62bis fut occupé longtemps par la célèbre « Roulotte » depuis des décennies où Django Reinhardt dans les années 1940 et 1950 jouait de la guitare et faisait venir les meilleurs jazzmen. Art et sexe ont toujours été étroitement liés.

Le théâtre est lancé par un duo célèbre dans le petit milieu érotique, Peter et Isabelle. C’est eux qui lanceront ensuite le Sultana. Avant le Loving Chair, ils avaient ouvert un petit théâtre érotique, le Love in Paris où figurait sur la scène une réplique de canon, rue Victor Massé ou plus en bas de la rue Pigalle.

La salle était constituée d’une scène ronde (qui pouvait tourner) entourée de quelques rangées de fauteuils. Il y avait très grand intérêt à être sur la rangée du premier rang, beaucoup plus que dans les autres théâtres érotiques ! On payait d’ailleurs légèrement plus cher les places du premier rang. Je n’ai pas eu de renseignements sur les prix précis.

Le spectacle ouvrait aux heures habituelles aux théâtres érotiques 13H-1H du matin (avec quelques séances spéciales plus tardives). Comme dans tous ces théâtres, on pouvait rester autant de temps que l’on voulait, sortir et rentrer. Pas de boissons, alcool etc…

D’après les témoins, il y avait beaucoup moins de danseuses et une grande stabilité de l’équipe. Il y avait une séance l’après-midi et une séance le soir (chacune en continue), ce qui obligeait à prendre deux billets. Les filles faisaient souvent les 12H et 5 ou 6 jours par semaine. Ce devait être lourd !

Le spectacle avait ce minutage : show première fille, show deuxième fille, show troisième fille, show lesbien, show hard. Puis on recommence…

Je n’ai pas pu retrouver les noms ou prénoms des filles ! On m’a parlé d’une très piquante brune, Martine, qui était la star numéro 2 du lieu, dont la spécialité était de demander aux spectateurs du premier rang d’utiliser très très profondément un puissant god, ce qui permettait quelques sensations manuelles… De l’intérêt du premier rang !

Mais la star principale était la bien connue Isabelle, la compagne du patron, une très petite nana avec des formes intéressantes, mais surtout une boule d’érotisme et de sensualité, et un regard à faire craquer n’importe quel homme. C’était généralement elle qui faisait le show hard avec Peter (qui se tapait aussi quelques autres danseuses…), un show vraiment très hard, s’achevant généralement en salle, hors de la scène. Peter encourageant les spectateurs à caresser Isabelle pendant le show…

Sinon les spectacles n’avaient rien de très original (et strictement aucune autre ambition que de chauffer le mâle…), les danseuses encourageaient souvent les clients à caresser leurs charmantes poitrines, venaient dans les rangs parfois etc.

On m’a raconté aussi que parfois un spectateur, pendant le show lesbienne le plus souvent, était invité sur scène, déshabillé entièrement par les filles et qu’Isabelle lui faisait vraiment l’amour. Mais impossible de savoir si ce client privilégié (ce n’était pas un complice) l’était parce qu’Isabelle, qui était une vraie chaude, en avait eu envie ou parce qu’il aurait payé un discret supplément. Bref un temps où la permissivité était encore de mise…

Par contre il n’y avait pas de salons privés.

Pour des raisons qui sont mal connues, le théâtre a décliné à la fin des années 90. Peter l’a laissé péricliter lentement, au profit de son nouveau joujou, un club libertin, Le Sultana contigu, au numéro 62. Au rez de chaussée du Sultana fonctionnait un petit théâtre érotique, le Sixty Two, avec des shows privés. Il a fermé avec le Sultana, devenu un lieu douteux. On vit ensuite Isabelle tenter quelques shows au célèbre Sexodrome (bien moins sage que maintenant car devenu boutique pour bobos en mal de petits achats coquins), mais ce n’était plus que l’ombre d’elle-même.

Tout passe, tout casse

La Roulotte