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Morgane Déconfinée

Ce qui est plaisant avec Morgane c’est que quel que soit le spectacle qu’elle donne, il y a un cocktail improbable de surprise, de rire et de sexe. Surprise car Morgane ne fait jamais deux passages identiques tant la part de l’improvisation et de l’adaptation au public est importante. Rire, car Morgane est une véritable boute-en-train et que percevant le moindre signe d’hilarité dans la salle elle mettra les bouchées doubles pour déclencher une franche poilade. Sexe enfin, car l’érotisme est pour Morgane une notion aussi abstraite que les idées platoniciennes, pouvant durer tout au plus quelques secondes, moins qu’il n’en faut en tout cas pour se retrouver à poil, mouillée gode en main, avide de mains désireuses, reproduisant une bande son digne des meilleurs pornos des années 80.

Et le truc qui tue avec Morgane : elle est exhibitionniste et veut faire plaisir !

La salle est sombre. Le projecteur au-dessus de la place du Roi diffuse des formes d’arbres sur les murs. Une forêt. Dans la pénombre, Morgane, grande cape rouge avec capuche sur la tête, descend les marches sur la musique de Pierre et le Loup de Prokofiev. Au coude, elle tient un panier en osier d’où dépasse une baguette et l’on devine que doit s’y loger un petit pot de beurre. Morgane gambade dans le crépuscule, portée par la légèreté de ses chaussons de danse blancs, virevolte, s’envole, fait des pointes avec grâce et maîtrise. Les minutes passent vite, trop vite, dans cet enchantement.

La salle applaudit.

Morgane se dirige vers un habitué manifestement complice. Elle sort de son panier un masque de Loup, le lui place sur le visage et l’entraine sur scène debout dos à la barre. Sur Lullaby de Cure  elle se débarrasse de sa lourde cape rouge et dévoile un body de lingerie en dentelle noire très échancré. Ensorceleuse et douce, telle une arachnide tissant toile de ses caresses, Morgane transforme notre loup en docile labrador remuant de la queue. Le piquet de tente tendant la toile témoigne du charme opéré…

Morgane a fait jusque là du « bon Chochotte », conforme en tout point aux attendus et à l’étiquette du lieu. Néanmoins, à la vue de cette si bonne élève, comme assagie, je m’inquiète. Me dis même « J’espère qu’elle n’est pas malade…» imaginant le pire, un stress post-traumatique lié au confinement, une dépression larvée…

Mais non heureusement…

Pour mieux comprendre ce qui suit, il me faut – comme dans les ouvrages les plus difficiles d’accès – donner quelques clefs à mon lectorat, narrer le parcours de la Belle, sa culture très éclectique, mélange de littérature et de contes enfantins, une appètence pour les histoires fantastiques, les séries télévisuelles mais aussi les films X a tendance gonzo. Rajoutons à cela un parcours accadémique de quatre années (sous le pseudonyme de Clara) dans un légendaire théâtre érotique de la Rive Droite, avant de rejoindre l’Opéra Chochotte en tant que Morgane, en une synthèse artistique digne des performances de l’actrice Clara-Morgane

Et donc, quand Morgane tout sourire se débarrasse de son body noir pour se retrouver totalement nue, fait signe aux sept spectateurs assis dans les gradins de vite la rejoindre, de l’entourer tandis qu’elle retire de son panier ce qui dans une illusion première m’était apparu comme une flute de pain rainurée et l’enduit à l’aide du petit pot de beurre, je suis rassuré !

Il faut imaginer la suite… Morgane faisant la démonstration de ses savoirs en un étonnant remix de références classiques, de clins d’yeux appuyés aux œuvres artistiques qui l’ont nourries, « L’appel de La Fourrée », « Ca glisse au pays des Merveilles », « Da Vinci Gode », « Blanche Fesse et les Sept Mains »…  Et je dois confesser qu’à la vue des plongées et contre-plongées frénétiques, mouvements de lustration de la Belle, ma pression interne était telle que cela m’a évoqué le « Gland Bleu »…

Les râles et halètements de Morgane syncopés par une lumière rouge stroboscopique et la musique Sex Alarm ont induit une transe collective digne des fraternelles communions de feu le Show Girl – la « petite » au passage a, telle une possédée, éructé de sacrées cochonneries – mais, alors que cambrée fesses en l’air elle semblait sur le point de commettre un remake de « Total Rectal« , elle a regardé vers la caméra et a dû se rappeler que de là-haut on la regardait, qu’il fallait «bien se tenir » dans cet élégant théâtre, éviter d’abimer les décors (qui sont les plus beaux qu’ai jamais connu le Chochotte !) dans un épanchement digne des Fables de la Femme Fontaine

Nota : ceci est une fiction.