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théâtre Chochotte Théâtre Sweet Paradise

Amicalement vôtre

Qu’est ce qui aujourd’hui, dans une société radicalisée par la polarisation des opinions, divisée par les bulles étanches dans lesquels les algorithmes des réseaux sociaux nous enferment, peut amener des personnes de provenances et de métiers très divers à se retrouver en un même lieu avec plaisir, connivence, à former communauté et à développer même parfois de véritables relations d’amitié ?  

Professeurs, ingénieurs, avocats, retraités, employés de banque, dilettantes, marketeurs, restaurateurs, commerciaux, logisticiens, designers, directeurs financiers, médecins, écrivains, courtiers en fruits et légumes… Depuis une vingtaine d’années, j’ai été amené à fréquenter, dans une confrérie discrète, nombre de personnes étonnantes. Serait-ce au Lion’s club, au Rotary, dans la Franc-Maçonnerie ou dans un think tank ? Non… C’est en tant que client de deux théâtres érotiques sis dans la capitale – le Chochotte et le Sweet Paradise – que j’ai eu le plaisir de faire ces formidables rencontres !

Au début, ce sont des saluts discrets que l’on adresse à un « habitué » que l’on a vu plusieurs fois. Puis un jour, à la faveur d’un compagnonnage sur une banquette rouge, ou lors d’une déambulation fortuite à proximité, rue Saint-André des Arts ou Marie Stuart, quelques paroles échangées créent le lien.

Les affinités se faisant, nous convenons un jour, à la faveur « d’un bon programme », de nous retrouver autour d’un verre ou pour déjeuner. La conversation naturelle, est d’abord orientée vers les danseuses, nos goûts, entraînant parfois quelques confidences… La transitivité du désir (je finis par désirer ce que désire l’autre – Cf René Girard « le désir mimétique ») l’augmente. Je dois confesser ici que je suis toujours curieux de ce qui peut attirer certains de mes amis, au point de perdre parfois la raison…

Les échanges sont agréables, car totalement dépourvus des enjeux de la séduction (qui n’est qu’une forme de rapport de force parmi d’autres) que l’on peut éprouver au contact des danseuses. Un plaisir partagé, où l’on ne risque pas de subir la frustration agressive d’une artiste s’estimant injustement reconnue, la décompensation tardive d’une jeune femme en manque de père, ou la comédie victimaire opportunément devenue niche commerciale… (ces dernières lignes forcent le trait et ne font absolument pas généralité, j’ai rencontré en ces lieux des danseuses formidables, véritables artistes, bienveillantes, mais mon expérience contrastée du hors-piste me porte à me méfier d’un sexe prétendument faible, souvent impitoyable envers les hommes faibles).

Après les premiers échanges sur nos goûts, parfois confessions sur les amourettes de salon, le dévoilement se poursuit.  C’est ainsi que j’ai découvert des hommes formidables : un employé de banque frustré de n’avoir pu faire des études d’architecture me présente les plans 3D de sa future maison en bois et la construit ! Un polytechnicien, prof émérite à Normale Sup, m’explique l’objet de ses travaux, un spécialiste du design des transports urbains me décrit ses projets internationaux, un DAF, business angel aux poches profondes m’explique avec humour que la Suisse est le seul pays où le communisme a réussi à survivre, un sympathique professeur contribue à corriger mes croyances erronées en histoire et en géographie, un spécialiste de la logistique prend un poste en Asie sur mes conseils et me donne prétexte de le rejoindre à plusieurs reprises pour faire la fête à Bangkok, des ingénieurs informaticiens, beaucoup, une surreprésentation à vrai dire, comme si l’exigence froide des lignes de codes devait se relâcher dans l’univers torride des théâtres érotiques, met à jour mes connaissances obsolètes…

Ma prédisposition à varier les plaisirs me menant dans un mouvement de balancier, à alterner régulièrement mes visites entre les rives droites et gauches, c’est autant la perspective de retrouver une confrérie délaissée partageant mes goûts pour les plaisirs érotiques, que de découvrir de nouvelles danseuses, qui me décidé généralement à retraverser la Seine.

Et voici le temps de conclure ce texte par un coming out : « hommes, mes coquins complices, partenaires de champagne et de plaisir érotiques, mes amis, je vous aime ! ».   

NB/ actuellement éloigné de 10000 km de mes temples favoris, les articles sur les théâtres érotiques et danseuses reprendront fin avril.

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